Quand les cendres de Napoléon revenaient à Paris via la Défense

Un monument napoléonien au sein du quartier d’affaire parisien

Une stèle ornée d’un aigle

C’est au milieu des tours de la Défense, côté Courbevoie, et à quelques mètres des quais que se trouve un monument napoléonien généralement méconnu, tout aussi méconnu que l’histoire qu’il illustre.

Il s’agit comme on le voit ci-dessous d’une stèle avec un aigle napoléonien sur laquelle on apprend que les cendres de l’empereur passèrent à cet endroit… mais tout ceci demeure mystérieux.

Ce monument commémore en effet, au lieu presque exact, où la dépouille de l’empereur Napoléon toucha terre le 14 décembre 1840. Pour comprendre pourquoi cette stèle se trouve là, il faut procéder à un nécessaire retour en arrière, sous la Seconde Restauration (qui s’étend de 1815 à 1830), et même voyager jusque dans l’hémisphère sud…

L’histoire du « retour » impérial

Si vous ne vous en souvenez pas (ce qui était mon cas), Napoléon meurt à Sainte-Hélène le 5 mai 1821. Une disposition de son testament indique : « je désire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine au milieu du peuple français que j’ai tant aimé ». Tout cela était très romantique et donc complètement dans l’air artistique de ces années-là, mais il n’en était, à ce moment, pas du tout question. Il n’en était pas question car se trouvait alors sur le trône Louis XVIII (les Bourbons étaient revenu depuis moins de 6 ans  au pouvoir et n’avaient pas l’intention de repartir en exil ou du moins risquer d’affaiblir leur pouvoir) et un gouvernement franchement réactionnaire était aux affaires. Dans un tel contexte, accepter un symbole aussi fort aurait été une inexplicable marque de faiblesse et cette possibilité ne fut pas envisagée.

Les premières tentatives pour le retour du « corps impérial » sont cependant entreprises dès le début de la monarchie de juillet (1830-1848), sans être suivies d’effet. Mais en 1840 les choses ont évolué et Thiers transforme ce vœu populaire en une opération politique. Approuvée par l’Assemblée Nationale le retour de l’empereur est mené à bien au cours des derniers mois de l’année 1840.

Il s’agit pour Louis-Philippe et Thiers d’améliorer l’image de la monarchie, qui se heurte à une virulente opposition républicaine. L’objectif de rassembler toutes les gloires de la France sous son égide devait lui permettre d’affaiblir le bloc de ses opposants et de le poser comme unique rassembleur des français (il avait par ailleurs transformé le château de Versailles en un musée de l’histoire de France).

Cependant, cette opération est délicate et lorsque la dépouille de l’empereur touche, pour la première fois le sol, c’est à Courbevoie le 14 décembre. Le roi voulait certes rassembler mais dans le même temps il désirait éviter tout mouvement populaire qui aurait facilement pu utiliser cette occasion (or l’engouement autour de la geste napoléonienne avait beaucoup crû). C’est pourquoi (prenant acte un peu tard du délicat de la situation) le cercueil fut convoyé par bateau jusqu’à Paris sans s’arrêter ou presque et que l’empereur fut placé aux Invalides lors d’une cérémonie militaire et non populaire. Ce retour, on s’en doute, ne fut pas au bénéfice de la couronne et l’enthousiasme populaire, bridé par une quasi absence de cérémonie, souligna la division entre le corps politique pour qui  ce retour était une opération de com et une population pour laquelle le mythe napoléonien prenait figure de légende.

C’est de cet épisode surprenant que témoigne la stèle de Courbevoie, érigée 100 ans après l’événement.

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